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Le long récit

Comment la culture hacker advint

Lus d'un bout à l'autre, les artefacts racontent une seule histoire : l'argument lent et obstiné selon lequel l'information, et les machines qui la font circuler, devraient appartenir à tous.

La culture hacker n'a ni fondateur unique ni texte fondateur. Elle s'est accumulée, objet après objet et argument après argument, sur soixante ans. Ce qui suit est cette accumulation dans l'ordre : cinq époques, chacune définie moins par une technologie que par une question que ses acteurs refusèrent de cesser de poser.

  1. 1961–1975

    Les années laboratoire

    Le hacking commence comme un jeu sur des machines que presque personne d'autre ne pouvait toucher. Au MIT et à Stanford, des étudiants ayant accès toute la nuit à des ordinateurs grands comme des pièces écrivirent *Spacewar !* pour le plaisir, compilèrent un argot commun dans le Jargon File et, sur le réseau téléphonique, découvrirent qu'une boîte de tonalités pouvait faire chanter le système tout entier. L'éthique se formait déjà : comprendre le système entièrement, partager ce que l'on apprend, et traiter toute porte verrouillée comme une insulte.

    Artefacts de cette époque

  2. 1975–1984

    La machine devient personnelle

    Puis la machine quitta le laboratoire. L'Altair 8800 prouva qu'un individu pouvait posséder un ordinateur ; le bulletin du Homebrew Computer Club transforma une salle pleine d'amateurs en industrie ; et Richard Stallman, voyant cette industrie commencer à verrouiller son logiciel, écrivit le Manifeste GNU pour affirmer que le code pouvait rester libre. La possession de la machine souleva une question nouvelle : à qui appartient ce qui tourne dessus ?

  3. 1981–1990

    L'underground et le réseau

    À mesure que les modems se répandaient, une culture devint à la fois clandestine et mondiale. Le Chaos Computer Club fit du hacking un acte civique en Allemagne ; 2600 et Phrack donnèrent à la scène sa presse ; le Manifeste du Hacker lui donna un credo ; la demoscene transforma l'effraction en art. Et puis le ver de Morris et *The Cuckoo's Egg* en montrèrent l'autre tranchant : qu'un monde connecté pouvait être pénétré, et que quelqu'un essayait déjà.

  4. 1991–1999

    Cryptographie et libertés civiles

    Dans les années 1990, le combat se déplaça de l'accès vers la vie privée. Phil Zimmermann publia PGP et fut poursuivi pour cela ; les cypherpunks déclarèrent que la vie privée à l'âge électronique exigeait la cryptographie entre les mains des gens ordinaires ; l'Electronic Frontier Foundation porta l'argument devant les tribunaux ; The WELL prouva qu'une communauté en ligne pouvait en être une vraie ; et Linux montra que l'idéal du logiciel libre pouvait surpasser les entreprises. Le hacking était devenu un mouvement doté d'avocats.

  5. 2000–today

    Le web ouvert et ses défenseurs

    Au siècle des réseaux, la question devint l'ouverture elle-même, celle du réseau et celle du savoir. Tor donna aux dissidents et aux usagers ordinaires un moyen de s'exprimer sans être surveillés ; le Manifeste pour la guérilla du libre accès d'Aaron Swartz soutint que verrouiller l'érudition du monde était un vol commis envers l'avenir, et il paya cet argument de sa vie. La frontière n'est plus la machine. C'est le droit de l'utiliser librement.

Pourquoi cela compte encore

Chaque époque ici fut un combat autour de la même chose : qui a le droit d'ouvrir la boîte. Le matériel changea, les lois changèrent, les enjeux passèrent des farces aux libertés civiles, mais l'instinct, jamais. Hacker, c'est refuser l'affirmation qu'un système ne vous regarde pas. Ce refus a construit l'ordinateur personnel, le logiciel libre, le web ouvert, et la plupart des outils que vous avez utilisés pour atteindre cette page.