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Droits numériquesOrganisation· 1990

La Fondation de l'EFF

Quand la loi s'en prit aux hackers, une fondation naquit pour soutenir que la Constitution s'étend jusqu'au cyberespace.

4 min de lecture629 mots

L'objet

L'Electronic Frontier Foundation fut constituée en juillet 1990 par Mitch Kapor, le concepteur de Lotus 1-2-3, qui avait quitté l'entreprise qu'il avait cofondée, aux côtés du parolier et éleveur John Perry Barlow, qui avait écrit des textes pour les Grateful Dead, et de John Gilmore, employé des premiers temps de Sun Microsystems que les actions de la société avaient rendu riche. Les premiers dons importants vinrent de Kapor et de Steve Wozniak, cofondateur d'Apple. Ce n'est ni un appareil ni un texte, mais une institution, établie à San Francisco et créée pour défendre les libertés civiles dans un lieu que la loi n'avait pas encore appris à voir. Barlow donna à ce lieu son nom durable dans son essai de 1990, « Crime and Puzzlement », empruntant le « cyberespace » à William Gibson et le baptisant « frontière électronique ».

L'opération Sundevil et un éditeur de jeux perquisitionné

Le déclencheur fut une vague de répressions policières maladroites en 1989 et 1990. Le 1er mars 1990, le Secret Service perquisitionna Steve Jackson Games à Austin, au Texas, saisissant des ordinateurs et le manuscrit de GURPS Cyberpunk, un supplément de jeu de rôle qu'un agent aurait qualifié de « manuel du crime informatique ». L'entreprise faillit disparaître ; des licenciements suivirent. Le même printemps, l'opération Sundevil, une opération du Secret Service coordonnée depuis Phoenix, en Arizona, les 7 et 8 mai 1990, exécuta des mandats de perquisition dans une quinzaine de villes et saisit une quarantaine d'ordinateurs et des dizaines de milliers de disquettes chez des opérateurs de BBS, souvent au mépris de la procédure régulière. Une poursuite distincte visa Craig Neidorf, de la lettre d'information Phrack, à propos d'un document de BellSouth divulgué sur le système d'urgence 911 ; l'affaire s'effondra lorsque la défense montra que le contenu du fichier « propriétaire » pouvait être commandé auprès de l'opérateur téléphonique pour moins de 14 dollars. Barlow et Kapor conclurent que ceux qui rencontraient le monde numérique par la voie légale ne le comprenaient pas, et que quelqu'un devait traduire les droits constitutionnels en termes de réseau.

Pourquoi c'est important

L'EFF marque le moment où la culture hacker cessa de seulement construire des systèmes pour défendre ceux qui les utilisaient. Elle finança la défense dans l'affaire Steve Jackson Games v. United States Secret Service ; en 1993, un tribunal fédéral d'Austin jugea que la saisie avait violé le Privacy Protection Act et l'Electronic Communications Privacy Act, et que les courriels non lus stockés sur la BBS de l'entreprise méritaient protection : le courrier électronique méritait les mêmes égards qu'une lettre cachetée. Le ver de Morris de 1988 avait montré que l'exploration avait désormais des conséquences ; l'EFF soutint qu'elle avait aussi des droits. De là, l'organisation passa du sauvetage à l'architecture, soutenant des affaires marquantes comme Bernstein v. United States, où elle contribua à établir que le code source est une parole protégée par le Premier Amendement, desserrant les contrôles à l'exportation qui avaient traité la cryptographie forte comme une munition.

La leçon qu'elle a libérée

Une culture mûrit quand elle bâtit des institutions, pas seulement des outils. Le code peut créer une frontière, mais seule la loi peut décider qui y est libre. La fondation de l'EFF affirma que les valeurs du Manifeste du Hacker n'étaient pas qu'une posture : c'étaient des revendications que l'on pouvait formuler, et gagner, devant un tribunal. Barlow poussa l'idée à sa limite en 1996 avec « A Declaration of the Independence of Cyberspace », écrite à Davos en réponse au Communications Decency Act américain ; l'EFF, plus pragmatique, continua de se présenter devant les juges. Les deux versants de cet héritage, le manifeste et le rôle d'audience, façonnent encore la manière dont le réseau débat de la liberté.

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