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Logiciel libreManifeste· 1985

Le Manifeste GNU

La déclaration de Richard Stallman selon laquelle le logiciel doit être libre, et le hack juridique qui la rendit durable.

3 min de lecture528 mots
Portrait of Richard Stallman, founder of the GNU Project, at LibrePlanet 2019
Image: Ruben Rodriguez · CC BY 4.0

L'objet

Le Manifeste GNU, écrit par Richard Stallman et publié en mars 1985 dans le Dr. Dobb's Journal, appelle des collaborateurs à bâtir un système d'exploitation complet compatible Unix que chacun pourrait utiliser, étudier, modifier et redistribuer. Stallman avait annoncé le projet GNU en septembre précédent, dans un message aux groupes de discussion Usenet, et démissionna de son poste au MIT pour que l'Institut ne pût revendiquer la propriété du code. « GNU » signifie, de façon récursive et provocatrice, « GNU's Not Unix », une plaisanterie dans la grammaire des hackers à qui il s'adressait.

D'une imprimante en panne à un mouvement

L'origine est petite et humaine : une imprimante laser Xerox (une 9700 offerte au laboratoire d'IA du MIT) se bloquait sans cesse au bout du couloir et, contrairement à la machine précédente, son logiciel était fermé. Stallman avait jadis modifié une imprimante antérieure pour qu'elle prévînt les utilisateurs en cas de bourrage ; cette fois, le fabricant refusa de livrer le code source qui lui aurait permis d'en faire autant. Il généralisa la frustration en principe. Un logiciel que les utilisateurs ne peuvent ni inspecter ni modifier les rend impuissants. Le remède n'était pas de meilleurs fournisseurs, mais une autre définition de la propriété. L'effondrement de l'ancienne culture hacker du laboratoire au début des années 1980, alors que ses collègues partaient pour des entreprises propriétaires comme Symbolics et Lisp Machines, Inc., affermit sa résolution de bâtir une chose qui ne pût être privatisée.

Pourquoi c'est important

Le geste le plus profond du manifeste fut juridique, non technique. La Licence publique générale GNU, dont Stallman publia la première version générale en 1989, retourna le droit d'auteur contre lui-même : le logiciel pouvait être copié et modifié librement, à la condition contraignante que les œuvres dérivées transmettent les mêmes libertés. Le « copyleft » fit d'un outil de restriction un outil de libération, résumé dans la formule « free as in freedom, not free as in beer » (libre comme la liberté, non comme la bière gratuite). C'est l'un des hacks les plus élégants jamais réalisés, exercé sur la loi plutôt que sur une machine. Pour porter l'entreprise, Stallman fonda la Free Software Foundation en 1985, et au fil des ans le projet produisit des outils fondamentaux encore en usage quotidien : le compilateur GCC, l'éditeur GNU Emacs, la bibliothèque GNU C et le shell Bash.

Ce qui manquait au projet, c'était un noyau ; le sien, GNU Hurd, vint lentement. Quand Linus Torvalds publia le noyau Linux en 1991 et le plaça sous GPL en 1992, les composants de GNU s'y combinèrent pour former un système complet, GNU/Linux, qui fait aujourd'hui tourner l'essentiel des serveurs d'internet, les téléphones Android dans des milliards de poches et les superordinateurs en tête de chaque palmarès de performance. L'éthique de Spacewar ! et de la newsletter Homebrew reçut ici une constitution.

La leçon qu'il a libérée

La liberté logicielle n'est pas un sentiment ; c'est une structure que l'on peut encoder et faire respecter. En traitant une licence comme un programme, Stallman montra que les hacks les plus puissants se font parfois sur les règles elles-mêmes.

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