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UndergroundTexte· 1986

La Conscience d'un Hacker

Un essai écrit après une arrestation qui donna à l'underground numérique sa voix et son image de soi.

3 min de lecture535 mots

L'objet

« La Conscience d'un Hacker », mieux connue sous le nom de Manifeste du Hacker, est un court essai écrit par Loyd Blankenship (qui signait « The Mentor ») le 8 janvier 1986, peu après son arrestation, et publié dans le numéro 7 de l'ezine underground Phrack sous l'intitulé « Volume One, Issue 7, Phile 3 of 10 ». Phrack n'avait été lancé que quelques semaines plus tôt, en novembre 1985, par Craig Neidorf (« Knight Lightning ») et Randy Tischler (« Taran King ») depuis le Missouri. Le texte s'ouvre sur une unique épigraphe (« Ce qui suit a été écrit peu après mon arrestation… ») et fait à peine une page. Il a été réimprimé, cité et collé dans des fichiers de signature plus que presque tout autre texte de la culture.

« Mon crime est celui de la curiosité »

L'essai recadre l'adolescent puni et désœuvré non comme un délinquant mais comme un esprit affamé par des institutions qui « nous nourrissaient de bouillie à l'école quand nous avions faim de steak ». Il décrit le frisson de découvrir une machine qui répond à l'habileté plutôt qu'aux notes ou à l'apparence, et la blessure d'être méprisé par des professeurs « tous semblables ». Ses lignes finales sont devenues le catéchisme du mouvement : le seul crime du hacker est la curiosité, « le crime de juger les gens sur ce qu'ils disent et pensent, non sur leur apparence », et la promesse de défi : « Vous pouvez arrêter cet individu, mais vous ne pouvez pas tous nous arrêter. » Blankenship a raconté l'avoir écrit d'une traite, sous le coup de la colère.

Pourquoi c'est important

Là où le Manifeste GNU donna au mouvement une structure juridique et technique, le Manifeste du Hacker lui donna une identité. Il articula une compréhension de soi pour une génération se connectant aux BBS dans le noir : le réseau était un lieu où comptaient les idées, non les corps ni les diplômes. Sa portée dépassa de loin Phrack. Il fut lu à voix haute lors de rassemblements, réimprimé dans 2600, et cité à l'écran dans le film Hackers de 1995, le moment où un texte de sous-culture passa dans la culture de masse.

C'est aussi un terrain réellement disputé. Les mêmes mots ont été lus comme une défense de principe de la liberté intellectuelle et comme un alibi romantique pour l'intrusion. Blankenship lui-même compliqua plus tard le tableau : en 1989, il écrivit GURPS Cyberpunk pour Steve Jackson Games, et en 1990 une descente des services secrets américains chez cet éditeur, qui saisit le manuscrit comme un prétendu « manuel du crime informatique », contribua à la fondation de l'Electronic Frontier Foundation. Cette ambiguïté est précisément ce qui fait durer l'essai : la culture débat avec ce texte parce qu'elle débat avec elle-même.

La leçon qu'il a libérée

Une sous-culture devient une culture quand elle peut se décrire. La force durable du Manifeste n'est pas son éthique mais son miroir : il permit à des personnes éparses et isolées de se reconnaître comme un « nous », et de décider, chacune, de ce que ce « nous » devait signifier.

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