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Explication16 juin 20264 min de lecture

Logiciel libre ou open source : quelle différence ?

Les deux mouvements écrivent souvent le même code, mais ne s'accordent pas sur la raison de le faire. D'un côté une question de liberté, de l'autre une stratégie pragmatique : voici ce qui sépare vraiment le logiciel libre de l'open source.

On emploie souvent « logiciel libre » et « open source » comme s'ils étaient interchangeables. En pratique, ils désignent en grande partie les mêmes programmes. Pourtant, derrière cette quasi-synonymie se cache l'un des débats les plus tenaces de la culture hacker : non pas un désaccord sur ce qu'il faut construire, mais sur la raison pour laquelle il faut le construire.

Le logiciel libre : une question de liberté

L'histoire commence avec Richard Stallman et la Free Software Foundation, qu'il fonde en 1985. Pour Stallman, la question n'est pas technique mais éthique. Un logiciel que l'on ne peut ni étudier, ni modifier, ni partager prive son utilisateur d'un contrôle légitime sur sa propre machine. Le Manifeste GNU pose ce principe : l'utilisateur doit rester maître de l'outil, et non l'inverse.

De là découlent les quatre libertés qui définissent un logiciel libre : la liberté d'exécuter le programme comme on le souhaite, celle de l'étudier et de le modifier (ce qui suppose l'accès au code source), celle d'en redistribuer des copies, et celle de distribuer ses propres versions modifiées. Une formule fameuse résume le malentendu que le mot anglais free entretient : il s'agit de « free as in freedom, not free as in beer », libre comme dans liberté, pas gratuit comme une bière offerte. La gratuité n'a jamais été le sujet.

Le copyleft, ou la liberté qui se protège

Pour garantir que ces libertés ne soient pas reprises par celui qui hérite du code, Stallman invente un mécanisme juridique astucieux : le copyleft. La licence publique générale GNU (GPL) impose que toute version modifiée et redistribuée d'un logiciel libre reste elle aussi libre. La liberté devient ainsi contagieuse : nul ne peut prendre un programme libre, l'enrichir, et refermer le résultat. C'est sous cette logique que le noyau Linux fut placé, ce qui contribua largement à la vitalité de son écosystème.

1998 : la naissance de l'open source

Le second terme apparaît bien plus tard, et pour des raisons stratégiques. En 1998, la société Netscape annonce la libération du code source de son navigateur. Un groupe de figures de la communauté, dont Eric Raymond, juge alors que le vocabulaire de Stallman, tout chargé de morale et d'anti-commercialisme apparent, effraie les entreprises. Ils forgent l'expression « open source » pour reformuler la même pratique dans un langage pragmatique : non plus une croisade pour la liberté, mais une meilleure méthode d'ingénierie, plus ouverte, plus robuste, plus rentable.

L'essai de Raymond, La Cathédrale et le Bazar, incarne cette sensibilité. Son argument n'est pas que partager le code est juste, mais qu'il produit un meilleur logiciel : « avec assez d'yeux, tous les bogues sont superficiels ». L'open source vend l'efficacité là où le logiciel libre défendait un droit.

Licences permissives et même code

Cette différence d'esprit se lit dans les licences. À côté du copyleft de la GPL, le monde open source privilégie souvent des licences dites permissives, comme MIT ou BSD, qui autorisent à reprendre le code, y compris dans un produit propriétaire fermé. Pour le camp du logiciel libre, c'est une concession de trop ; pour le camp open source, c'est précisément ce qui facilite l'adoption par l'industrie.

Reste un paradoxe que les deux mouvements connaissent bien : ils construisent, le plus souvent, exactement le même logiciel. Un développeur peut contribuer au même projet sous l'une ou l'autre bannière sans jamais changer une ligne de son travail. La querelle ne porte pas sur le résultat, mais sur le récit. L'un dit : nous faisons cela parce que c'est libre, et la liberté est un droit. L'autre dit : nous faisons cela parce que c'est efficace, et l'efficacité convainc. Comprendre cette nuance, c'est comprendre pourquoi un même geste peut être à la fois un acte militant et une décision d'affaires.

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